N’offrons plus de poupées blanches aux enfants haïtiens.

Les enfants deviennent ce que nous leur transmettons en terme de valeurs qui s’expriment à travers des objets. L’environnement social et familial influent grandement sur l’image qu’ils ont d’eux-mêmes ainsi que sur leur estime. Nous leur offrons l’occident dès leur plus jeune âge à travers des poupées auxquelles les petites filles haïtiennes ne s’identifient point: peau blanche, cheveux lisses, style vestimentaire occidental. Alors n’étonnons-nous pas des jeunes femmes qui se décolorent la peau, qui veulent à tout prix avoir les cheveux lisses ou qui se vêtissent comme Barbie.

A chaque noël, anniversaire ou événement, des poupées blanches sont offertes avec des critères de beauté standardisés occidentaux et racistes.

A 4 ans, l’enfant est déjà perméable au modèle de beauté que la société lui impose.

C’est un travail qui se fait subtilement dont les parents ne s’en rendent même pas compte. L’enfant haïtien peine à s’identifier et ne trouve dans ses jouets, s’il a le luxe d’en avoir, aucune figure qui lui ressemble ou qui traduit réellement sa réalité.

LE TEST DE LA POUPÉE NOIRE

En 1950, deux pédopsychiatres afro-américains Kenneth et Mamie Clark ont mis au point le test de la poupée noire.

Pour réaliser ce test, ils présentaient une poupée noire et une poupée blanche à des enfants noirs (filles et garçons). Puis, ils leur demandaient avec laquelle ils voulaient jouer, laquelle était belle, gentille, moche, méchante, et enfin laquelle leur ressemblait. 

Les résultats étaient consternants. La poupée noire était moche, méchante, parce qu’elle était noire. Et ces enfants la choisissaient au moment où ils devaient désigner celle qui leur ressemblait.

Test dit de « la poupée noire » mettant en évidence les effets du racisme sur les enfants noirs. The New York Times/CC 2.0

L’expérience a été refaite récemment et il est alarmant de constater les mêmes résultats.

LES BLACK-DOLLS (1840-1940)

Les premières poupées noires sont les blacks-dolls, figures artisanaux en tissus. Elles sont fabriquées par des afro-américains désireux de transmettre à leurs enfants la culture africaine et de leur représenter l’esclavage.

En effet, à une époque où la couleur blanche représentait la norme de la beauté, fabriquer une poupée en tissu noir et en dessiner les traits, parfois individualisés jusqu’au portrait, devient un geste de résistance. Ces poupées véhiculent aussi un geste d’amour et une démarche artistique, lisibles dans l’inventivité et le soin apportés à la facture des poupées (la couture, la broderie, les agencements de tissus…).

L’AFRIQUE S’INVESTIT

En Afrique, depuis 2014 des poupées noires ont vu le jour et conquièrent ce marché. Le premier à s’être lancé dans l’aventure est le nigérien Taofick Okoya avec ses Queens of Africa présentant différents modèles (Nneka, Azeezah, Wuraola). Cette poupée lui a été inspirée par sa fille lors d’un échange déconcertant. Il raconte: «Toutes les poupées de ma fille étaient blanches. Au point qu’un jour elle m’a demandé de quelle couleur elle était. Quand je lui ai répondu qu’elle était noire, elle m’a rétorqué: “J’aime le blanc”».

Plusieurs se sont ensuite lancés dans l’aventure comme en 2015, la franco-camerounaise Manuella Njomkam avec la marque Muna Mboa et sa très belle « Nubia Kemita » ; l’ivoirienne Sara Coulibaly avec Naima Dolls et ses « Malaika », « Amalia », « Kenza » ou « Eva » ; en 2016, l’ivoirienne Fatoumata Koné et ses Sarama Dolls « Sira », « Coumba », « Yéla » ou Nadré ; Urbidolls et ses petites « Neyla », « Malia », « Binta » et « Nubia » ; et enfin, dernière-née en 2018, la marque Kitoko Doll et ses « Issa », « Pembelo » ou « Keyana ».

Au Nigéria, la poupée en tête des ventes n’est pas une Barbie, mais une Queen of Africa. Ses poupées à la peau foncée existent en différentes teintes, de la plus claire à la plus foncée. Toutes ont des cheveux africains coiffés de différentes manières et portent des vêtements traditionnels aux couleurs vives.

Nous devons en Haiti transmettre aux enfants leurs reflets en immisçant une diversité nécessaire dans les coffres à jouets et en créant une fierté ethnique capable de contrer un modèle social défavorable. Nos enfants ne sont pas blancs, n’ont les yeux verts ni bleus, n’ont les cheveux blonds ni roux lisses. Ils sont couleur d’ébène aux yeux noirs avec des cheveux crépus.

Offrons-leur cette réalité, des critères de beauté noirs et haïtiens à travers laquelle ils peuvent réellement s’identifier.

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